L’éthique de l'invité : se faire accepter par le sauvage

L’éthique de l'invité : se faire accepter par le sauvage

Oublions un instant le mythe du photographe totalement invisible. En Drôme et en Ardèche comme ailleurs, la faune nous détecte presque toujours. La question n'est pas de savoir comment se cacher, mais comment se faire accepter. Mon approche repose sur une idée simple : ne pas s'imposer, mais devenir un voisin inoffensif.

La négociation du regard 

Quand je croise le regard d'un animal, le temps s'arrête. M'a-t-il vu ? M'a-t-il entendu ? Je scrute son attitude. S'il continue ses occupations tout en me surveillant, la "négociation" commence. Je reste immobile, silencieux, sans mouvement brusque. Je ne suis pas un prédateur, je suis un élément du paysage. Parfois nous nous surprenons l’un l’autre, parfois je me sens observé sans trouver d’où cela provient, c’est le jeu.

Le respect du retrait

L'éthique, c'est savoir renoncer. Si l'animal montre un signe d'inquiétude, je me retire, doucement et calmement. Le respect du vivant passera toujours avant la réussite d'un cliché. On a souvent moins de photos ainsi, mais elles ont une saveur différente : celle d'une rencontre où personne n'a eu peur.

C’est pour cela que je ne fais pas d’affût au gibier (cerf par exemple) : entre le bruit des uns et la pression des autres, je trouve inutile d'ajouter une présence supplémentaire. Oui, je sais, certains diront qu’ils ne se sont pas fait détecter...  et si la vérité était plutôt qu’ils se sont fait accepter ou, du moins, tolérer ? Je passe sur les posts cycliques de certains photographes : « c’est fini j’arrête, trop de monde en forêt, etc. » mais qui, malgré tout, continuent à y retourner et à publier maintes photos…

La récompense de la fidélité 

À force de fréquenter régulièrement les mêmes sites, une forme de reconnaissance s'installe. Lors de mes affûts aux castors aux coté de l’association Castor et Homme, j'ai pu observer cette "acceptation" : l'animal vous connaît, vous tolère, et finit par vous offrir une proximité extraordinaire, parfois même à « portée de caresse ».

Apprendre à observer avant de déclencher

C’est ce que je transmets lors de mes stages : avant de régler son boîtier, il faut comprendre qui l'on a en face de soi. Parfois, le moment fait qu'on en oublierait presque de déclencher. Et c’est peut-être là le signe d'une photo réussie.

« Je prends en photo ce que la nature me permet »

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